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Édition 76 / 03-2017
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Le bon vieux manuel de l’agencier, antidote aux «fake news»

A priori, les médias suisses jouissent encore d’une confiance assez élevée de la part du public, si l’on en croit le baromètre 2016 du Credit Suisse sur les préoccupations des Suisses. TV, radio, presse payante, Internet, tous affichent entre 55% et 60% d’avis favorables, en hausse même par rapport à 2015. Selon un sondage Gallup de septembre 2016, la confiance des Américains face aux informations nationales et mondiales a chuté en une année de 40% à 32%.

Mais ne tombons pas dans l’angélisme. En Suisse également, la pression économique a réduit drastiquement les moyens pour le journalisme de qualité. Ce qui pourrait, à terme, entamer ici aussi le crédit que la population accorde à la presse.

Concrètement, pour les journalistes, cela veut dire toujours moins de temps pour approfondir une nouvelle, croiser les sources pour trier le faux du vrai. Avec le risque de laisser passer fausses informations et autres demi-vérités.

Des règles d’or
La responsabilité de l’ats, qui est «à la source de l’information», n’en est que plus lourde. Et plus que jamais, nous sommes appelés à appliquer les bonnes vieilles méthodes du «manuel de l’agencier», ouvrage de référence au sein de notre rédaction.

Un manuel qui livre par exemple cette règle cardinale: «Les informations diffusées doivent être en tous points pertinentes, correctes, précises, équilibrées et sans parti pris. La fiabilité et l’exactitude ont priorité sur les autres principes, notamment sur la rapidité, selon le précepte ‘be first but first be right’».

Et les sources! Ce chapitre remplit à lui seul deux pages du manuel, avec notamment cette règle d’or: «Toute assertion, tout jugement de valeur, doit être clairement rattaché à une source». Et cette mise en garde: l’extrême prudence à adopter, pour éviter d’être manipulé, face aux sources qui ne veulent pas être citées.

Un manuel qui nous rappelle aussi les règles de la confirmation lorsque d’autres agences ou médias diffusent des informations exclusives ou prétendues telles.

Le courage de corriger
Et cette bonne vieille «check-list» (remise à jour régulièrement), qui livre à nos journalistes des clés pour bien réagir dans les situations délicates: alertes à la bombe, informations anonymes, indiscrétions, rumeurs, plaintes pénales, etc. Sans oublier les règles concernant les réseaux sociaux, source d’information désormais incontournable mais aussi paradis des fausses informations.

Des erreurs, nous en commettons quand même. Et dans ce cas, il faut avoir le courage de corriger. En toute transparence.

Des règles ringardes? De bons réflexes plutôt qui nous aident à prendre, jour après jour, les bonnes décisions.

Federico Bragagnini, Rédacteur en chef adjoint et chef de la rédaction française